Lausanne mérite mieux

Argumentaire du comité référendaire

L’érection d’une tour de 27 étages sur le site de Beaulieu présente trop d’inconvénients. Elle n’est pas nécessaire à l’exploitation du Centre de congrès et d’expositions. Sa contribution à la solution de la crise du logement est insignifiante. Son esthétique est discutable. Tous les besoins auxquels elle est censée répondre pourraient être satisfaits sans tour, par des constructions mieux intégrées à la ville.

Votez NON le 13 avril!

Vu du parc de la Violette (photomontage CBL)

Hors de toute réflexion urbanistique

Le comité référendaire ne s’est pas constitué pour empêcher toute construction de tours dans l’agglomération lausannoise. Il reconnaît la nécessité de densifier la ville, afin de combler le manque de logements sans aggraver le gaspillage des zones de verdure et des terres cultivables. Mais il combat ce projet particulier, qui ne s’inscrit dans aucune planification et semble tombé du ciel, hors de toute réflexion urbanistique. En utilisant une forme architecturale inspirée des années 1960, il menace d’enlaidir la ville et donne une piètre image de la façon dont Lausanne conçoit son avenir.

Le refus du projet Taoua amènera la Municipalité à prendre le temps d’examiner sérieusement les besoins du Centre de congrès et d’expositions et de consulter les habitants du quartier de Beaulieu, dans l’esprit un peu oublié de l’opération « Quartiers 21 ».

Le projet Taoua ne ferait qu’allonger la liste des trop nombreux ratages historiques de l’urbanisme lausannois. Il faut le refuser. Lausanne mérite mieux.

Alibis écologiques

Les promoteurs mettent en avant les qualités écologiques du projet Taoua, qui répond aux normes actuelles visant à limiter la consommation d’énergie. Ces performances peuvent toutefois être réalisées plus facilement, et à moindre coût, dans des immeubles ordinaires.

L’espace vert public prévu à la place des escaliers d’accès aux jardins de Beaulieu est une idée à retenir pour les projets à venir. Mais pourquoi le mettre à l’ombre d’une tour, alors que celle-ci n’est pas nécessaire à sa réalisation ?

Des logements chers pour qui ?

Les quelque 90 appartements appelés à occuper un tiers des étages de Taoua n’allégeront pas la pénurie de logements qui sévit à Lausanne. Les deux tiers seraient vendus en propriété par étage (PPE) à des prix inaccessibles pour la majorité des habitants de Lausanne. Quant au dernier tiers, dit « à loyer abordable » il resterait 10 % à 15 % plus cher que tous les projets présentés par la Ville ces dernières années. C’est inévitable : un appartement coûte toujours plus cher à la construction dans une tour que dans un immeuble standard, notamment à cause de l’espace important occupé par les ascenseurs et les escaliers. Dans le projet Taoua, ces derniers représentent un tiers de la surface de chaque étage.

Les 90 appartements promis sont une goutte d’eau face aux 2000 nouveaux logements prévus dans les deux ans à venir, et aux 7000 planifiés à quinze ans. Les appartements de Taoua risquent juste de pousser à la hausse les loyers du quartier.

Les inconvénients de la croissance à tout prix

Le projet Taoua, avec ses 250 emplois supplémentaires, est plutôt de nature à aggraver les déséquilibres entre la population et l’offre de logement. La coalition qui soutient ce projet semble partir de l’idée que toute croissance est bonne à prendre, que tout emploi nouveau est une bénédiction, et que tout contribuable supplémentaire concourt à l’assainissement des finances publiques. Mais cette croyance a fait son temps. La croissance est mal maîtrisée. On en mesure aujourd’hui les effets délétères dans tout l’Arc lémanique, de Genève à Villeneuve, où les prix des appartements disponibles ont explosé en raison de leur rareté. Le déséquilibre se manifeste également par la saturation des routes, des transports publics ou des hôpitaux. Les responsables politiques doivent aujourd’hui calmer le jeu, et chercher le bon équilibre.

Taoua, un projet rétrograde

Une tour disgracieuse et ringarde, semblable aux « gratte-ciel » des années 1960, serait une bien triste manière de marquer l’entrée de Lausanne dans la modernité. Notre ville est déjà moderne. Elle peut faire état de réalisations récentes, comme le métro m2, l’attrait de la vie nocturne du Flon, la richesse de la vie culturelle ou la qualité de son offre de formation. En cela, elle mérite la considération de ses habitants et de ses hôtes. Et si vraiment elle ressentait le besoin d’ériger un symbole architectural digne du 21e siècle, il faudrait un projet vraiment moderne et novateur.

Les avantages d’un refus

Un NON à Taoua évitera de créer un précédent au nom duquel des promoteurs pressés pourraient, sous prétexte d’urgence, construire n’importe quoi n’importe où. Il contraindra les autorités à mettre sur pied un vrai projet d’urbanisme avec la participation des habitants et en concertation avec les autres communes de l’agglomération. Les habitants du quartier de Beaulieu, qui ne demandent pas à être « dynamisés » à tout prix et n’ont jamais réclamé une tour, méritent un projet qui réponde à leurs besoins en termes de qualité de vie. Ce projet devra également répondre aux besoins du Centre de congrès et d’expositions, comme à ceux de l’école d’infirmières de La Source, qui n’ont que faire d’un immeuble de 27 étages.

Enfin, l’idée de construire des tours doit être reprise dans une conception de l’ensemble de l’agglomération, qui permette de dire à quoi doit servir une tour, de quels symboles elle peut être porteuse, et où il faut la bâtir. Cette conception, que la Municipalité avait promise pour 2011, n’existe toujours pas. L’ébauche récemment dévoilée par la presse montre que le projet Taoua est plutôt mal situé. Mais ce travail est loin d’être achevé. La prise en considération des besoins des habitants et la concertation entre les diverses autorités concernées exigent du temps. Elles s’accommodent mal d’un projet parachuté hors de toute planification. C’est le prix de la démocratie et de la décentralisation du pouvoir, qui imposent leur rythme à l’impatience des promoteurs. Pour être de son temps, il faut parfois prendre du temps.

One comment on “Lausanne mérite mieux

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