Mario Botta contre Taoua

Photo: Mario Botta, architecte

Du haut de son autorité internationale, Mario Botta dit tout haut ce que beaucoup d’architectes pensent tout bas: la tour Taoua n’a pas sa place à Beaulieu. Ecouter Mario Botta (extrait de l’émission Forum du mardi 25 mars).

 

Voici un texte tiré de l’interview de M. Botta, que nous publions avec l’autorisation du principal intéressé.

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Le problème des tours se présente dans toutes les villes européennes, dans le sens où la modernité pousse là où il y a déjà une histoire. Le problème doit se poser au niveau de la ville plutôt qu’à celui de la tour ou de la satisfaction des besoins techniques ou fonctionnels auxquels elle devrait répondre. C’est un problème central : la ville est le lieu de la mémoire, de l’histoire, qui peut encore résister à la banalisation et au nivellement de la globalisation. Il faut faire très attention, parce que détruire ou modifier une image consolidée dans l’histoire peut mettre en danger une valeur positive aujourd’hui représentée par la ville européenne.

On devrait planifier les villes et donner, comme on le faisait dans le passé, des parties de ville configurées de manière nouvelle afin qu’on puisse trouver une expression formelle de l’histoire qui réponde à nos besoins. Le problème, c’est que l’urbanisme est déficitaire. Il n’y a plus de zones homogènes à l’intérieur desquelles on puisse exprimer le langage d’aujourd’hui. On ne peut pas arrêter l’histoire. Mais la question n’est pas là. Elle est de savoir si, à l’intérieur du tissu urbain, on trouve le moyen de planifier des zones où la légitimité des nouvelles expressions soit non seulement satisfaite, mais bienvenue pour la qualité de la ville.

La tour dont on parle (Taoua) est tombée là par hasard. On n’a pas planifié, dans l’orographique très complexe et organique des vallées urbanisées de Lausanne, des expressions qui puissent avoir une telle force, un tel impact et une telle densité. Le problème n’est pas la tour en elle-même. Le problème, c’est que cette tour, inévitablement, va dialoguer avec le contexte. Si on veut ce dialogue, il faut qu’il soit positif. À Paris, on a fait la Défense pour donner un espace aux formes et aux dimensions de la sensibilité et de la culture d’aujourd’hui. A Lausanne, cette tour isolée va se confronter à une orographie, à un paysage qui ne sera pas amélioré par la nouvelle construction. Elle apparaît comme un corps étranger. J’ai l’impression qu’on fait cette tour comme on le faisait dans les années 1960-1970 dans plusieurs villes d’Europe : il y avait un besoin, une demande, un promoteur, un terrain, et on y implantait une densité urbaine qu’on regarde aujourd’hui avec une certaine préoccupation.

Je suis convaincu qu’on peut améliorer la ville. Je ne suis pas un nostalgique ni un passéiste. Mais je sais que tous nos bâtiments, jusqu’à la petite maison qu’on veut construire, doivent consolider la ville, parce que la ville est aujourd’hui le bien majeur de ses habitants. La plupart des églises, qui sont aussi des sortes de tours, ont été construites sur des éminences et contribuent à consolider le paysage, en devenant elles-mêmes des éléments marquants de ce paysage.

Si on veut faire une tour, ou des tours, il faut considérer les dimensions des nouvelles constructions dans l’échelle de l’environnement urbain, pour aboutir à la mise en place d’un nouveau quartier agréable et positif. On peut déterminer un morceau de ville comme un espace voué à des formes de vie contemporaines, où les tours peuvent être des éléments positifs. Si la ville considère qu’à un endroit de son territoire on peut avoir une densification forte avec des signes forts, pourquoi pas ?

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